20.6.03

Proposition de loi déposée à l'Assemblée nationale

Journée de la laïcité à l'école

No 918
Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 13 juin 2003

Proposition de loi instituant une journée de la laïcité
dans les établissements publics d'enseignement.

(Renvoyée à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales, à défaut de constitution d'une commission spéciale dans les délais prévus par les articles30 et 31 du Règlement.)

présentée par M. Jean-Pierre ABELIN (député UDF de la Vienne)

Député.

Enseignement.

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

Le principe de la laïcité de la République française a été consacré dès 1905 par le vote de la loi du 9 décembre 1905 de séparation des églises et de l'Etat. Ce principe a valeur constitutionnelle, l'article 2 de la Constitution de 1958 disposant que la France est « une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».

Le respect du principe d'égalité de tous sans distinction d'origine, de race ou de religion est également affirmé par la Constitution.

L'école de la République a été édifiée sur ces principes de laïcité et d'égalité ; il importe de la préserver contre toute pression politique, religieuse ou philosophique.

Or, depuis un certain nombre d'années, ces principes sont mis à mal par des affaires de port de signes religieux distinctifs et ostentatoires. L'école doit faire face à la montée des particularismes et des manifestations de repli identitaire qui portent atteinte à la neutralité du service public.

La réponse à ces dérives ne sera pas seulement juridique. Il faut apprendre aux élèves l'importance de la laïcité pour la cohésion de notre société et pour l'intégration de tous. Il est donc proposé d'instaurer dans les établissements d'enseignement public une journée annuelle de la laïcité qui permettrait à tous de prendre conscience de la portée de ce principe et des enjeux de société liés à sa sauvegarde. Les collectivités territoriales compétentes pourraient apporter une contribution adaptée localement à l'organisation de cette journée.

C'est pourquoi nous vous demandons, Mesdames,
Messieurs, de bien vouloir adopter la présente proposition de loi.

PROPOSITION DE LOI

Article unique

Après l'article L. 141-6 du code de l'éducation, il est inséré un article L. 141-7 ainsi rédigé :

« Art. L. 141-7. - Une journée de la laïcité est instituée dans tous les établissement publics d'enseignement. Elle est organisée annuellement au sein de ces établissements, en liaison avec les collectivités territoriales compétentes. La date de cette journée est fixée par décret. »

918 - Proposition de loi instituant une journée de la laïcité dans les établissements publics d'enseignement (Jean-Pierre Abelin)

9.6.03

France-Culture, le 8 juin 2003

Pour la laïcité en Europe

Chers auditeurs, bonjour.
Au micro, , Christian Eyschen, Secrétaire général de la Libre Pensée française. Le sujet que nous allons aborder aujourd’hui est la question de la laïcité en Europe.

L’Europe pourra-t-elle être un jour laïque, républicaine, démocratique et sociale ? Cette question nous est souvent posée. Si par Europe, on entend une notion de continent, alors la réponse est indubitablement oui. L’Europe sera ce qu’en feront les peuples, les nations et les Etats libres. En tout cas, si l’on s’inscrit dans la grande tradition de liberté qui veut que cela soit le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui décide de l’avenir des nations.

Par contre, si l’on entend par Europe, les institutions supranationales de Bruxelles et de Strasbourg, alors la réponse est non. Cette Europe-là est cléricale, réactionnaire, antisociale et aux antipodes de la démocratie.

Dans l’Union européenne actuelle, il y a autant de républiques que de monarchies. Quel système choisira Bruxelles ? La différence n’est pas mince entre ces deux régimes politiques. Il a fallu plus d’une révolution pour bâtir puis consolider la République dans notre pays pour construire la démocratie et réaliser l’égalité des citoyens. Notre République est encore aujourd’hui menacée gravement par l’Europe des régions, politique impulsée par les eurocrates qui remet en cause l’unité et l’indivisibilité de la République.

Cherchez la différence

Dans 14 pays sur 15, hormis formellement la France, tous ces pays connaissent soit des religions d’Etat en Europe du Nord de tradition protestante, soit des Eglises d’Etat comme en Angleterre et en Grèce, soit des concordats avec le Vatican dans les pays de tradition catholique. Même le Portugal, pourtant censé être laïque depuis la Révolution des œillets de 1974, a maintenu le concordat corporatiste et fasciste de Salazar conclu en 1929.

Un concordat est un accord diplomatique conclu entre un Etat et le Vatican et qui favorise outrageusement la religion catholique. Dans la plupart des cas, les prêtres, prélats, bedeaux et sacristains sont payés grassement sur les fonds publics, et leurs écoles discriminatoires et ségrégatives sont, elles aussi, payées par l’argent de tous les citoyens au mépris des convictions personnelles qu’ils peuvent avoir.

Il y a des concordats en France dans la région d’Alsace Moselle, en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Espagne, au Portugal. Et dans les pays qui frappent à la porte de l‘Union européenne, le Vatican s’empresse de conclure les mêmes accords diplomatiques comme en Pologne et en Slovaquie. Les concordats se répandent comme une lèpre à travers toute l’Europe.

Dans 14 pays sur 15, hormis la France, les prêtres catholiques, orthodoxes ou anglicans, les rabbins israélites, les pasteurs protestants, les imams musulmans peuvent être enseignants dans l’Ecole publique. Dans la plupart des pays, les religions sont enseignées à l’Ecole publique et sont considérées comme matière à examen.

Dans un grand nombre de pays, règne encore le délit moyenâgeux de blasphème. En Allemagne, en Autriche, en Grèce, au Danemark, en Angleterre, en Espagne, notamment ; il est interdit de critiquer les religions sous peine d’être traduit devant les tribunaux pénaux. Dans plusieurs de ces pays, les libres penseurs ont été condamnés pour avoir critiqué les Eglises.

Dans 15 pays sur 15, les fonds publics sont détournés pour financer les écoles privées dont l’écrasante majorité sont d‘origine religieuse. Le Parlement européen a décidé, il y a quelques années, de rendre obligatoire le financement public des écoles privées.

Le rôle des traités européens

Le traité de Maastricht de 1992 a introduit dans les champs de compétence de l‘Union européenne les domaines de l‘Education et de la Culture. Un enseignant de l’Ecole publique de n’importe quel pays, sous réserve de la validation de ses compétences, diplômes et qualifications, pourra venir enseigner dans n’importe quel autre pays de l’Union européenne. Hors, hormis la France, les religieux de toute nature peuvent être enseignants dans les Ecoles publiques.

Que se passera-t-il quand un prêtre catholique italien, enseignant du public, demandera à enseigner en France ? On lui refusera parce que les lois laïques scolaires et la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 l’interdit expressément. Mais il fera alors appel à la Cour européenne de Justice pour discrimination et non application du principe européen de réciprocité. Et comme le droit communautaire européen est supérieur au droit national de notre pays, la France sera condamnée et le prêtre pourra enseigner dans notre Ecole publique.

Les traités européens ont pour fonction de créer des dynamiques de rapprochement sur la base de ce qui est le plus largement répandu en Europe. Dans ce cas précis, comme dans bien d’autres, la référence n’est pas la laïcité, mais au contraire le cléricalisme.

En matière de libertés démocratiques fondamentales, on est aussi en droit de s’interroger. Notre loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 indique dans son premier article « La République assure la liberté de conscience » et pour l’assurer effectivement, elle indique dans son article 2 « La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte ».

On nous objecte souvent que l’article 9 de la Convention européenne des Droits de l’Homme proclame « la liberté de conscience, de pensée et de religion », mais la jurisprudence constante de la Cour européenne de justice considère que ces notions n’impliquent nullement la laïcité des institutions nationales et la séparation des Eglises et des Etats. Pour la Cour européenne, ni les religions d’Etat, ni les délits moyenâgeux de blasphème et les impôts d’Eglise ne sont contraires à cet article 9. En France, il est interdit par la loi de 1905 de financer une religion. La législation européenne le permet au contraire.

Le délit de blasphème

L’actualité a vu, au cours de ces dernières décennies, des campagnes cléricales se mener contre des affiches de film jugées blasphématoires par les religieux. Je pense, par exemple, A la dernière tentation du Christ, à Ave Maria, à Larry Flint, à Amen. Des procès ont eu lieu pour interdire ces affiches. En France, les cléricaux les ont tous perdu. Par contre, dans d’autres pays, il n’en a pas été de même. Lorsque des citoyens de ces pays ont porté l’affaire devant la Cour européenne de Justice en indiquant que l’interdiction d’affichage était contraire à l’exercice de leur liberté de conscience garantie par l’article 9, la Cour européenne les a débouté au nom du fait qu’elle ne pouvait ignorer que la majorité des citoyens du pays concerné était catholique !

Par ailleurs, la Charte européenne des droits fondamentaux garantit la liberté de religion et de changer de religion mais en aucun cas celle de n’en avoir aucune, alors que près de 40% des européens n’a aucune appartenance et pratique religieuse.

C’est dans ce contexte juridique et institutionnel que se poursuit la discussion de la future constitution de l’Union européenne. Certaines forces exigent une référence explicite à la notion d’un « dieu révélé » dans le préambule de cette constitution. Le Vatican et la Pologne sont aux avant-postes de cette exigence cléricale. Helmut Kohl, alors chancelier de l’Allemagne l’avait aussi réclamé avant d ‘être limogé par les électeurs.

En juin 1997, la Conférence Intergouvernementale d’Amsterdam, devait réviser le Traité de Maastricht. Quelques mois plus tôt, l’Etat du Vatican proposait d’inclure dans le chapitre F du Traité qui aborde la question des libertés fondamentales cette phrase : « Le christianisme est l’héritage culturel des peuples en Europe ». Or, le Vatican n’est pas membre de l’Union européenne et ne le sera jamais.

Pour adhérer à celle-ci, il faut remplir un certain nombre de conditions minimales en matière de libertés démocratiques, on le voit bien actuellement pour la Turquie. Hors, au Vatican, il est interdit d’être non catholique, d’être syndiqué, de faire grève et c’est le seul Etat au monde, où il n’y a jamais eu la moindre élection démocratique. Par ailleurs, c’est l’un des derniers Etats staliniens au monde, pire que la Corée du Nord. Il y a plus de fonctionnaires à la Curie romaine que de citoyens du Vatican. Tout appartient à l’Etat, les entreprises, les commerces, le sol, le sous-sol et les immeubles.

Jean-Paul II se promène dans le monde entier pour prêcher les droits de l’Homme et la fameuse et fumeuse troisième voie en matière économique, celle dite « entre le capitalisme et le collectivisme ». On est donc en droit de lui demander pourquoi il n’applique pas ses théories dans son Etat. Il serait alors un peu plus crédible.

Amsterdam 1997

L’Union européenne a donc refusé de discuter de la proposition du Vatican car il n’avait pas le droit de débattre des traités européens. Quelques semaines avant l’ouverture de la Conférence d’Amsterdam, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche et le Portugal déposaient la même demande que le Vatican.

L’Union européenne a alors adopté une déclaration portant le numéro 11 qui sera intégrée à l’Acte unique quand tous les pays auront ratifié les traités européens ; les pays qui adhérent actuellement et aussi ceux qui veulent y adhérer. Cette déclaration stipule ceci : « L’Union respectera et ne préjuge pas le statut dont bénéficient, en vertu du doit national, les Eglises et les associations ou communautés religieuses dans les Etats membres ».

Cela veut dire, qu’au vu de la diversité des situations dans chaque pays : religion d’Etat, Eglise d’Etat, concordat et séparation des Eglises et de l’Etat, l’Union européenne ne peut imposer un modèle unique. Elle reconnaît donc tous les modèles de relation entre les religions et les Etats (elle ne préjuge pas) et elle les protégera en interdisant qu’on les change à l’avenir quand la ratification sera définitive (d’où le terme : elle respectera). L’Union européenne intégrera tous les types de relation dans le droit communautaire européen qui est supérieur à toutes les législations nationales.

Cette déclaration N°11 ne vise qu’à garantir et à réactiver les privilèges antidémocratiques des Eglises et des religions dans les différents pays de l‘Union européenne. Quand elle sera devenue définitive, aucun peuple, aucune nation, aucun Etat en Europe ne pourraient jamais remettre en cause les religions d’Etat, les concordats, les délits de blasphème et les impôts d’Eglise tels qu’ils existent dans un grand nombre de pays sur le continent européen. En France, nous ne pourrons alors abroger le statut clérical d’exception d’Alsace Moselle et les décrets concordataires de 1939 qui régissent les Territoires d’Outre-Mer. Cette décision européenne est un véritable déni de démocratie.

Notons aussi la triste comédie du Traité de Nice où l’on a vu messieurs Chirac et Jospin refusaient fièrement que l’on mentionne « l’héritage humaniste et religieux de l’Europe ». Ils ont fait supprimer l’héritage humaniste qui n’est, quand même pas, n’importe quoi, dans l’Europe des Lumières. Ils ont changé le terme religieux par celui de « spirituel », mais uniquement dans la version française. Le texte allemand du traité dit « spirituel-religieux ». Quelle honte !

L’Europe et le Vatican

Actuellement se discute donc la future constitution européenne. Les lobbys cléricaux exigent que la déclaration N°11 d’Amsterdam soit intégrée dans l’article I-51. Et même qu’elle soit aggravée. L’article I-51 reprend donc le texte de la déclaration d’Amsterdam et rajoute : « En reconnaissance de leur identité et leur contribution spécifique , l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier, avec ces Eglises et organisations ».

C’est, non seulement, le maintien des privilèges antilaïques et antidémocratiques des Eglises, mais c’est aussi l’officialisation des religions dans les institutions. C’est la négation de la liberté absolue de conscience des citoyens des différents pays.

Il y a fort à a parier, au vu de la diversité en Europe, qu’au grand dam du Vatican, ne figurera pas une référence à Dieu et au christianisme comme héritage culturel des peuples en Europe dans la constitution européenne que nous concocte Valery Giscard d’Estaing. Pour autant, cela ne fera pas de l’Union européenne une institution laïque. D’abord du fait de l’article clérical numéro I-51 qui maintient les privilèges des religions. Ensuite pour une deuxième raison qui a pour nom : le principe de subsidiarité.

Ce principe de subsidiarité est le moteur des institutions européennes et il a été intégré récemment dans la constitution française par la décentralisation-régionalisation contre le principe d’unité de la République et d’égalité des citoyens. La première fois que ce terme de subsidiarité est apparu, c’est dans l’encyclique Quadragesimo Anno de Pie XI en 1931. Il définit ce principe de la manière suivante : “ Que l'autorité publique abandonne donc aux groupements de rang inférieur le soin des affaires de moindre importance où se disperserait à l'excès son effort ; elle pourra, dès lors, assurer plus librement, plus puissamment, plus efficacement les fonctions qui n'appartiennent qu’à elle parce qu'elle seule peut les remplir : diriger, surveiller, stimuler, contenir, selon que le comportement, les circonstances ou la nécessité l'exige”.

Le modèle d’organisation sociale et économique vanté par le pape est alors le fascisme italien et les syndicats verticaux corporatistes. Cette idée de subsidiarité a été répandue ensuite dans la construction de l’Union européenne par cette formule : » Ne jamais confier à un organisme de rang supérieur ce qui peut être fait par un organisme de rang inférieur ». Cela semble est le bon sens même. Mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit aisément que c’est un principe réactionnaire.

La subsidiarité contre la République

Quelle est la société où ce principe a été appliqué pleinement ? Et bien, c’est dans la France d’Ancien Régime. L’organisme de rang supérieur qu’était la monarchie ne s’occupait que des pouvoirs régaliens : la police, l’armée, la justice et la diplomatie. En clair, la guerre et la répression. Tout le reste, qui fait l’apanage d’une société moderne, était confié à des organismes de rang inférieur. L’éducation, l’enseignement, la bienfaisance, les hôpitaux à l’Eglise catholique. Les impôts étaient collectés par les Fermiers généraux qui se servaient allégrement au passage. C’était un véritable désastre social.

Quand les révolutionnaires de 1789 veulent réaliser la démocratie et l’égalité des citoyens, ils proclament la République et ils inventent le service public. Ils font l’inverse de l’Ancien Régime, ils confient les missions d’intérêt général toujours à des organismes de rang supérieur : les services publics et l‘administration républicaine nationale, départementale et municipale. C’est ce qui permet l’égalité effective.

Tout au contraire, la subsidiarité appliquée par l’Union européenne et la décentralisation votée le 17 mars 2003 à Versailles, c’est la privatisation des services publics. Ce sont la restauration scolaire, les Pompes funèbres, le service des eaux, la collecte des ordures, les crèches, la santé confiés à des entreprises capitalistes qui sont de rang inférieur par rapport à l’Etat. Quand le gouvernement demande le prélèvement à la source des impôts sur la feuille de paie, c’est vouloir faire des patrons les nouveaux Fermiers généraux.

La subsidiarité, c’est la destruction des acquis républicains et sociaux. C’est la fin de la République, mais pas la fin de l’Etat qui voit ses pouvoirs régaliens renforcés pour « diriger, surveiller, stimuler, contenir » comme le disait Pie XI. Bref, pour réprimer toujours davantage.

Cette future constitution européenne sera donc cléricale, nul ne peut en douter aujourd’hui. Est-ce à dire que les dirigeants politiques européens, de droite comme de gauche, sont tous des croyants ? Absolument pas ! Mais s’ils utilisent les religions, les Eglises et la doctrine sociale de l’Eglise catholique contenue dans les encycliques papales ; c’est que les confessions monothéistes ont toujours été pour le maintien de l’ordre et de l’oppression sociale. C’est ce qui a fait que ces religions se sont maintenues au fil des siècles.

Monothéisme et oppression sociale

Saint Paul l’a dit dans son Epitre aux Romains, la puissance impérialiste de l’époque : « Il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu ou qui soit librement consenti par lui. En conséquence, l’esclave doit obéir à son maître, comme la femme doit obéir à son mari ». Dès lors, se révolter contre l’oppression sociale, c’est désobéir à la volonté divine.

C’était hier et c’est aujourd’hui. Au troisième symposium des policiers chrétiens qui s’est tenu du 4 au 8 mai 1998, sous le titre « Police et Humanisme » ; voilà ce que déclarait Jean-Pierre Dintilhac, Procureur de la République au Tribunal de Grande Instance de Paris, présenté comme homme de gauche et socialiste : « Monseigneur Daloz nous interrogeait tous sur la question de savoir si l’on pouvait être à la fois policier et chrétien. C’est à cette question que je souhaite tout d’abord répondre pour affirmer que, de mon point de vue, non seulement l’on peut être tout à la fois chrétien et policier mais que tout chrétien doit être, d’une certaine manière, policier ». Il avait bien compris la doctrine sociale de l’Eglise.

De la même manière, quand Bonaparte conclut le concordat en 1801, il ne croit pas en Dieu, mais il explique alors : « Comment avoir de l’ordre dans un Etat sans religion ? La société ne peut exister dans un Etat sans religion. La société ne peut exister sans l’inégalité des fortunes et l’inégalité des fortunes ne peut exister sans la religion. Quand un homme meurt de faim à côté d’un autre qui regorge, il lui est impossible d’accéder à cette différence s’il n’y a pas là une autorité qui lui dise « Dieu le veut ainsi, il faut qu’il y ait des pauvres et des riches dans le monde ; mais ensuite et pendant l’éternité le partage sera fait autrement » ».

Le publiciste catholique Louis Veuillot rajoutera à la fin du XIXème siècle « Quand on ne croit pas en Dieu, il faut être propriétaire pour respecter la propriété ».

Agissons pour la laïcité en Europe !
Nous refusons ce vieux monde qui sent le coffre-fort et l’eau bénite. Nous refusons la future constitution européenne et le principe de subsidiarité. C’est pourquoi la Fédération nationale de la Libre Pensée française et l’une des plus importante organisations laïques d’Angleterre, la National Secular Society viennent de lancer un appel commun pour la tenue d’un rassemblement laïque européen, à Paris le samedi 6 décembre 2003 :
- Contre l’Europe vaticane, cléricale et religieuse !
- Contre la préservation des privilèges des religions !
- Contre l’officialisation de leurs existences dans les institutions !
- Pour l’absolue liberté de conscience !
- Pour la laïcité en Europe !
- Pour la séparation des Eglises et des Etats !
La Libre Pensé française et la National Secular Society appellent toutes les organisations rationalistes, sceptiques, libres penseuses, humanistes et laïques et les citoyens des différents pays en Europe à y participer.

3.6.03

Déclaration commune de la National Secular Society (United Kingdom) et de la Fédération Nationale de la Libre Pensée (France)

Pour la totale liberté de conscience par la séparation des Eglises et des Etats et pour la laïcité en Europe : abrogation de la déclaration n°11 d’Amsterdam

La Fédération française de la Libre Pensée et la National Secular Society d’Angleterre ont décidé de s’adresser en commun à l’ensemble des citoyens et des associations qui luttent en Europe pour la laïcité, quelles soient rationalistes, sceptiques, libres penseuses, humanistes et laïques.

Actuellement s’élabore la future constitution de l’Union européenne. Les plus grandes menaces pèsent sur le principe de respect de la liberté absolue de conscience qui inclut la liberté de croire comme de ne pas croire.

La Charte européenne des droits fondamentaux garantit la liberté de religion et de changer de religion mais en aucun cas la liberté de ceux qui n’en ont aucune et qui veulent rester libres de toute influence religieuse. Ceci malgré le fait que près de 40% des européens n’ont aucune appartenance et pratique religieuse.

La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme en son article 9 est censée garantir « la liberté de conscience, de pensée et de religion » mais la jurisprudence constante de la Cour européenne de justice considère que ces notions n’impliquent nullement la laïcité des institutions nationales et la séparation des Eglises et des Etats. Pour la Cour européenne, ni les religions d’Etat, ni les délits moyenâgeux de blasphème et les impôts d’Eglise ne sont contraires à cet article 9.

C’est dans ce contexte juridique et institutionnel que se poursuit la discussion de la future constitution de l’Union européenne. Certaines forces exigent une référence explicite à la notion d’un « dieu révélé » dans le préambule de cette constitution et la mention du « christianisme comme héritage culturel commun des peuples en Europe ».

Les lobbys cléricaux de toute nature, relayés par divers gouvernements, exigent que la déclaration N°11 d’Amsterdam soit intégrée sous la forme de l’article I-51 de la future constitution européenne. Rappelons que celle-ci ne vise qu’à garantir et à réactiver les privilèges antidémocratiques des Eglises et des religions dans les différents pays de l‘Union européenne, la plupart des pays garantissant déjà des privilèges immenses aux institutions religieuses, soit par un concordat ou par une religion d’Etat.

Si une telle disposition était adoptée, aucun peuple, aucune nation, aucun Etat en Europe ne pourraient jamais remettre en cause les religions d’Etat, les concordats, les délits de blasphème et les impôts d’Eglise tels qu’ils existent dans un grand nombre de pays sur le continent européen.

En effet, cet article I-51 prévoit des dispositions entièrement cléricales telles que :
« - L’Union européenne respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Eglises et les associations ou communautés religieuses dans les Etats membres…

- En reconnaissance de leur identité et leur contribution spécifique, l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier, avec ces Eglises et organisations.»

C’est, non seulement, le maintien des privilèges antilaïques et antidémocratiques des Eglises, mais c’est aussi l’institutionnalisation des religions dans les institutions. C’est la négation de la liberté absolue de conscience des citoyens des différents pays, également une nouvelle violation du principe de l’égalité en droits des citoyens.

La National Secular Society et la Libre Pensée française appellent à une vaste action des partisans de la laïcité en Europe pour faire échec à cette offensive cléricale.

La Libre Pensé française et la National Secular Society appellent toutes les organisations rationalistes, sceptiques, libres penseuses, humanistes et laïques et les citoyens des différents pays en Europe


A participer au rassemblement laïque européen,
à Paris le dimanche 7 décembre 2003 :
- Contre l’Europe vaticane, cléricale et religieuse !
- Contre la préservation des privilèges des religions !
- Contre l’officialisation de leurs existences dans les institutions !
- Pour l’absolue liberté de conscience !
- Pour la laïcité en Europe !
- Pour la séparation des Eglises et des Etats !

2.6.03

Communiqué de Europe & Laïcité

Réflexions sur un blocage socio-politique

Nous ne cessons de le répéter depuis des années : le combat laïque, c'est aussi la lutte contre tous les dogmatismes, y compris sur le plan économique . La prétention de certains dirigeants, d'aujourd'hui et d'hier, de présenter comme irréversible le système capitaliste (rebaptisé libéralisme économique pour paraître plus présentable), est parfaitement insupportable et inadapté aux nécessités du monde moderne.
Ce système est source de conflits insolubles : on le voit bien actuellement en France. Les détenteurs tout puissants du pouvoir politique y sont les zélés serviteurs de l'économie de marché et de profit privé et n'ont d'autre but que de démolir l'ensemble des services publics . Les dangereux accords semi-clandestins conclus dans le cadre de l'AGCS et des directives de l'OMC, ont pour effets prévisibles de voir les classes dominantes s'en prendre en France au système des retraites, à l'homogénéité républicaine, à l'unité nationale, et avant tout à cette Éducation Nationale qu'elles ont besoin de casser et de soumettre à leurs volontés.
L'intérêt général importe peu à ceux qui en France, détiennent aujourd'hui tous les pouvoirs. Leur aveuglement provoque les troubles de rues actuels et d'autres à venir.
Les laïques sont engagés aux côtés de ceux qui, dans les luttes sociales en cours et dans les mouvements populaires , militent pour un autre système mondial de coopération économique. Avec eux, les laïques revendiquent pour le progrès social, l'indépendance et la défense des services publics.
En France, la défense de l'Éducation Nationale est exemplaire de ces luttes légitimes, et ceux qui y participent lucidement sont les acteurs courageux d'un combat plus global où l'éthique laïque de solidarité, de justice et de progrès doit et peut inspirer les solutions nécessaires aux graves problèmes que le gouvernement est incapable de résoudre par ignorance et mépris du bien public.
Seul le recours aux solutions proposées par les organisations progressistes pourra permettre les avancées qu'il est peut-être encore temps de promouvoir par la négociation.

Le Bureau du Mouvement EUROPE et LAÏCITÉ
Le Président
Etienne PION