12.10.04

APPEL AUX LAÏQUES POUR LA DEFENSE ET LA PROMOTION DE LA LOI DE 1905 !

Le 9 décembre 1905 était votée la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat qui mettait fin à plus d’un siècle de concordat, en allant jusqu’au bout de l’œuvre de sécularisation initiée par la Révolution française. En proclamant comme un principe institutionnel que « La République assure la liberté de conscience », la laïcité interdisait tout financement direct et indirect des religions par l’article 2 de la loi : « La République ne reconnaît, ne subventionne, ni ne salarie aucun culte ».

Les tenants de la démocratie politique ont dû s’y prendre à trois reprises pour instaurer cette séparation : en 1795, en 1871 puis en 1905. Par deux fois, les partisans de l’oppression avec Bonaparte en 1801, puis Thiers après l’écrasement de la Commune, ont jeté à bas cette construction de liberté. Depuis 1905, beaucoup d’autres ont aussi remis en cause gravement le principe de séparation des Eglises et de l’Etat.

Après la Commune de Paris et la semaine sanglante, le mouvement ouvrier renaissant a lié son combat d’émancipation sociale à celui des républicains pour l’avènement de la laïcité scolaire, puis celle de l’Etat, pour faire triompher l’absolue liberté de conscience. La séparation des Eglises et de l’Etat était l’aboutissement de la grande Révolution française qui avait proclamé l’exigence de l’égalité des droits des citoyens.

Jean Jaurès pouvait ainsi dire : « La loi de séparation, c’est la marche délibérée de l’esprit vers la pleine lumière, la pleine science et l’entière raison ». Et Ferdinand Buisson, président de la Commission parlementaire chargé d’élaborer la loi rajoutera : « « La séparation n’est pas le dernier mot de la révolution sociale, mais elle en constitue indéniablement le premier «.

Il faut restaurer et étendre la loi de 1905 !

Les coups les plus rudes ont été portés contre les principes de séparation par Vichy, à travers les lois du 5 février 1941, du 8 avril et du 25 décembre 1942 qui ont refait de l’Eglise catholique une puissance considérable, financière, mobilière et immobilière, et qui ont permis le retour des congrégations. Toutes ces mesures antilaïques ont été maintenues depuis la Libération.

En maintenant le statut clérical d’exception en Alsace Moselle (le plus vieux concordat existant en Europe qui est associé à l’application intégrale de la loi cléricale du vicomte de Falloux de 1850 et des lois datant de l’annexion allemande de 1870 à 1918) et les décrets Mandel de 1939 pour les Territoires d’Outre-mer, les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis 1945 ont violé délibérément la laïcité de l’Ecole et de l’Etat.

En faisant voter les lois antilaïques, les gouvernements successifs de la IVéme et Vème République ont porté atteinte de manière grave à la loi de 1905. Aujourd’hui, c’est un budget équivalent à 200 000 postes qui est détourné de l’Ecole publique au profit de l’école privée essentiellement catholique.


La laïcité, garantie par la séparation des Eglises et de l’Etat,
c’est la démocratie !

La démocratie politique impose que la République ne connaisse que des citoyens et non des communautés. C’est la condition fondamentale pour assurer une véritable liberté de conscience. A l’inverse, le communautarisme ne connaît pas les citoyens et n’organise que les sujets. La notion de droits est remplacée par celle de devoirs liés à une appartenance communautariste présupposée et incontournable.

Le respect absolu de la séparation des Eglises et de l’Etat impose la non-reconnaissance des religions dans l’Ecole laïque et dans les services publics. Ce principe interdit tout prosélytisme religieux par des signes, insignes et emblèmes ainsi que l’enseignement de la catéchèse dans l’Education nationale. La laïcité prohibe tout financement direct et indirect de bâtiments à vocation cultuelle. La démocratie impose que la religion soit exclusivement une affaire privée.

Quand la République a été une nouvelle fois fondée en 1870, quand elle s’est affirmée en 1877 et en 1879, elle a instauré dans un même mouvement d’émancipation la laïcité scolaire et celle de l’Etat. Elle proclamait comme un principe intangible le respect de la liberté absolue de conscience.

Au même moment, elle reconnaissait la plus totale liberté syndicale en 1884, c'est-à-dire le droit pour les ouvriers de s’organiser en toute indépendance pour la défense de leurs intérêts contre ceux des classes dominantes. S’affirmait aussi dans le même temps la pleine et entière liberté d’agir des partis politiques, sans laquelle il ne peut y avoir de véritable démocratie. L’affirmation des libertés démocratiques et politiques était accompagnée de conquêtes sociales d’envergure.

Les principes fondamentaux et les modalités de mise en pratique de la Laïcité ont vocation à être exportés sur le plan international.

Défendre et promouvoir la loi de 1905 !

La laïcité de l’Ecole et de l’Etat, garantie par la loi de 1905, est indissociable de la République une et indivisible. On ne peut défendre l’une sans défendre l’autre. La liberté absolue de conscience est une des garanties fondamentales de l’égalité des droits de tous les citoyens.

Les militants laïques de diverses origines, soussignés, décident de constituer un Comité de Liaison d’Appel aux Laïques pour la défense de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905. Ils appellent tous les laïques, dans tous les départements, à contresigner cet appel et à préparer la manifestation nationale le samedi 10 décembre 2005 à Paris, en direction de l’Assemblée nationale :


- Pour la restauration de la loi de 1905 !
- Pour l’abrogation du Statut clérical d’Alsace Moselle !
- Pour le respect du principe : « Fonds publics à la seule Ecole publique » !
- Pour l’abrogation de toutes les lois antilaïques !
- Pour l’avènement d’une laïcité sans frontières !


Premiers signataires : Andrau René (Essayiste), Barbe (Dessinateur), Bellon André (Auteur de « Pourquoi je ne suis pas altermondialiste – Eloge de l’antimondialisation »), Bénichou Daniel (Vice-Président du Comité-Laïcité-République), Blondel Marc (Syndicaliste, libre penseur), Boeglin Edouard (Journaliste et écrivain, libre penseur en Alsace), Boulmier Christian (Président de l’Association du Chevalier de La Barre), Bourcier François (Metteur en scène, comédien), Brandmeyer Bernard (Enseignant), Cavanna François (Ecrivain et journaliste), Chaintron François ( Syndicaliste enseignant, libre penseur), Collin Denis (Philosophe), Combes André (Historien), Coutel Charles (Universitaire républicain), De Bonfils Christian (Syndicaliste), Eyschen Christian (Rédacteur en chef de la Raison - mensuel de la Libre Pensée, représentant de l’IHEU à l’UNESCO), Forget Philippe (Directeur de la revue L’Art du Comprendre), Gluckstein Daniel, Gourdot Paul ( (Délégué général de « République sociale »), Guglielmi Philippe (Président d’honneur de Laïcité-Liberté, Maire adjoint de Romainville -93), Hébert Alexandre (Anarcho-syndicaliste), Hébert Patrick (Syndicaliste, libre penseur), Jenet Claude (Syndicaliste, libre penseur), Jhil Kébir (Président du Mouvement des Maghrébins Laïques en France), Kessel Patrick (Président d’honneur du Comité-Laïcité-République), Kotovtchikhine Stéphane ( Maître de conférence d’histoire du droit, ancien Vice-président de l’Université de Bourgogne), Labrégère Charlette (ex-chargée de mission auprès du Recteur de l’Académie de Rennes), Labrégère René (Président d’honneur de la Libre Pensée), Lafouge Jacques (Humaniste laïque, libre penseur), Le Fur Catherine (Secrétaire générale de la Libre Pensée), Mahé Serge (Hussard noir et rouge), Matisson Jean-Marie (Président du Comité-Laicité-République), Nardin Bruno (Secrétaire national du Comité-Laïcité-République), Pecker Jean-Claude (Professeur honoraire au Collège de France, Membre de l’Académie des Sciences), Pena-Ruiz Henri (Philosophe) , Pion Etienne (Président d’Europe et Laïcité – CAEDEL), Porset Charles ( Chercheur au CNRS, Universitaire à Paris-Sorbonne), Prévotel Marc (Anarcho-syndicaliste, libre penseur), Puaud Philippe (ancien député, libre penseur), Rajsfus Maurice (Historien), Raynaud Jean-Marc, Ragache Jean-Robert (Historien), Robyn Johannés (Président de l’Union des Athées), Rochard Poky (Publiciste, libre penseur), Salamero Joachim ( Président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée), Sandri Roger (Syndicaliste), Sérac Michel, Singer Claude ( Directeur de l’Idée Libre - revue culturelle de la Libre Pensée), Viry-Babel Roger (Professeur des universités), Vovelle Michel (Historien).

12.8.04

Communiqué de presse du 12 août de la Libre pensée nationale

Pas un euro de fonds publics pour la visite de Jean-Paul II à Lourdes !

Le pape sera à Lourdes les 14 et 15 Août 2004. Comme chef religieux, il se doit de visiter régulièrement les principaux lieux de pèlerinage, pour tenter de réanimer la foi de ses fidèles, et aussi pour vérifier que ses sources de revenus, basées sur la crédulité humaine, ne sont pas menacées. Si sa visite est donc logique pour alimenter le marché fort juteux de la superstition, celle de Jacques Chirac l’est beaucoup moins.

Président d’une République laïque, ayant voté voilà un siècle une loi de séparation des Eglises et de l’Etat, encore en vigueur (malgré les menaces contenues dans la Constitution Européenne), il n’a rien à faire là. A moins que Jacques Chirac ne confonde sa fonction de Président de la République avec sa « qualité » ecclésiastique de proto-chanoine d’honneur de Notre-Dame-du-Latran.

La visite du pape a été clairement annoncée comme religieuse, et le lieu choisi le confirme. Jacques Chirac ne peut donc pas jouer comme à son habitude sur l’ambiguïté entre le pape chef spirituel et le pape chef d’ « Etat ». C’est donc bien le soutien officiel de la République à un culte qu’il apporte, violant ainsi la loi de 1905, qui déclare que la République ne reconnaît pas les cultes.

De plus, quand on entend le Préfet, tout fier, présenter les effectifs de santé et de sécurité mobilisés pour cette visite, on se doit de demander : qui va payer ? Si les dépenses étaient, même partiellement, ponctionnées sur les fonds publics, le Président serait dans l’illégalité, et nous saurions le lui rappeler.

Les libres penseurs, dans toutes les communes et départements, veilleront à ce que des fonds publics ne soient pas utilisés pour faciliter le voyage des pèlerins, directement ou indirectement. Dans un tel cas, nous ne manquerions pas de réclamer la restitution des fonds, y compris par voie judiciaire chaque fois que possible.

D’ores et déjà, un certain nombre d’Elus ont fait part de leur refus de subventionner sur des fonds publics la visite papiste. Ainsi, le Maire de Toulouse, questionné lors du congrès national de la Libre Pensée, a pris l’engagement publiquement qu’il n’y aurait aucun euro de fonds publics versé pour cette visite de Jean-Paul II.

La Fédération Nationale de la Libre Pensée appelle tous les défenseurs de la laïcité à rester très vigilants, pour défendre et reconquérir la loi de séparation de 1905. A la veille du centenaire de cette importante loi républicaine, elle appelle tous les citoyens à se rassembler pour faire échec aux opérations visant à la remettre en cause.

La religion doit rester une affaire privée !
Respect de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat !

22.6.04

Communiqué de la Libre pensée nationale

Constitution européenne : La Libre Pensée réaffirme son opposition

La Conférence Intergouvernementale (CIG) des 17 et 18 juin 2004 a entériné le projet de traité institutionnel de l'Union européenne. Ce projet est soumis à la ratification des 25 pays qui composent actuellement l'Union européenne.

A la lueur des élections du Parlement européen du 13 juin 2004, force est de constater que les électeurs ont manifesté un rejet massif du rôle et de la politique des institutions de l'Union européenne par l'immense majorité des peuples et des nations. Comment ne pas constater, en effet, que ce projet de constitution est le produit conjoint des volontés du capitalisme, de la spéculation et des désirs du Vatican ?

Chaque jour, les directives européennes tendent à détruire tout ce que la démocratie et le mouvement ouvrier indépendant ont pu arracher pour défendre les droits des citoyens et des salariés dans les différents pays. On le voit clairement en matière de services publics et de régimes de protection sociale collective.

Malgré l'appel à voter de la récente déclaration de la Commission des Épiscopats catholiques de la Communauté européenne qui, en date du 13 juin 2004, avait indiqué : « les élections européennes ne doivent pas être considérées comme un test de popularité pour nos gouvernements nationaux », force est de constater que les peuples ne l'ont pas entendu de cette oreille et ont manifesté de manière très significative leur opposition à la construction de l'Union européenne et à la politique européenne des différents gouvernements.

Dans cette déclaration, la conférence européenne des évêques catholiques réclamait un plébiscite du principe catholique de subsidiarité : « Le Parlement européen est à la fois l'expression de l'unité et de la diversité de l'Union. Comment ses membres favoriseront-ils le développement d'une véritable démocratie européenne, tout en respectant simultanément la diversité sociale, culturelle et politique de l'Union ainsi que le principe de subsidiarité ? » Les salariés exploités de force, sans droits ni garanties dans un grand nombre de pays, apprécieront, sans doute, le « respect de la diversité sociale » chère aux évêques.

La Libre Pensée rappelle que le principe de subsidiarité, fondement de la doctrine sociale de l'Église catholique, a été notamment clairement explicité dans l'encyclique Quadragesimo anno, en 1931, comme moyen de l'organisation corporatiste et fasciste de l'Italie mussolinienne. Ce principe est antirépublicain, il ne vise qu'à conférer aux « corps inférieurs » les attributs des services publics. Ainsi, le Parlement européen sur son site Internet officiel donne la définition suivante : « La signification et la finalité générales du principe de subsidiarité résident dans l'octroi d'un certain degré d'indépendance à une autorité SUBORDONNÉE vis-à-vis d'une autorité de niveau supérieur, notamment d'une autorité locale envers le pouvoir central ». En clair, la subsidiarité, c'est la subordination et l'obéissance à des décisions prises par une autorité en haut et appliquées en bas.

C'est au nom de ce principe que nous assistons à une vague grandissante de privatisation des services publics et des régimes de protection sociale collective pour confier leurs missions à la sphère marchande. La Libre Pensée ne peut donc que se réjouir du rejet de ce principe manifesté lors des élections du Parlement européen.

L'absence de référence directe au christianisme (référence contenue dans la majorité des constitutions des pays européens) dans le préambule constitutionnel ne doit pas masquer l'essentiel : l'affirmation du rôle des religions dans la construction européenne. Ainsi la conférence des évêques catholiques indiquait clairement : « Le besoin de dialogue entre les religions, les institutions politiques et la société civile s'avère plus évident que jamais. Que fera le nouveau Parlement afin d'engager un dialogue qui reconnaisse l'identité spécifique et la contribution des communautés religieuses à la société dans son ensemble ? »

L'article 46 qui confère cette « contribution » à la société civile (ONG, patronats et Églises) est réaffirmé « spécifiquement » pour les seules religions dans le troisième paragraphe de l'article 51. La Libre Pensée ne peut donc que condamner le troisième paragraphe de l'article 51, mais elle considère que refuser ce paragraphe sans condamner l'article 46 ne vise qu'à accepter, dans les faits, la constitution de l'Europe vaticane.

Pour la Fédération nationale de la Libre Pensée, le cléricalisme triomphant, revendiqué par le Vatican et l'Union européenne, est tout entier contenu dans le premier paragraphe de l'article 51 qui stipule : « L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres ». En clair, toutes les situations particulières (Concordats, Statut d'exception d'Alsace Moselle, Décrets Mandel de 1939 pour les TOM, Religions officielles, Églises officielles, impôts d'Église et délits de blasphème) feront désormais partie intégrante de la constitution européenne.

Alors que les peuples rejettent de manière croissante l'emprise étouffante du cléricalisme et revendiquent l'application de la laïcité, la constitution européenne assure aux religions une rente perpétuelle de situation. Le premier paragraphe de l'article 51 est l'expression la plus claire de la nature cléricale de la constitution européenne.

La Fédération nationale de la Libre Pensée considère que le projet de constitution européenne, adopté par la CIG du 18 juin 2004, tourne le dos à la défense de la République et de son principe d'égalité des citoyens. Il récuse la démocratie par le principe de subsidiarité qui interdit aux peuples le libre choix de leurs destins. La constitution européenne perpétue, par l'article 51, un cléricalisme institutionnalisé contre la liberté de conscience des citoyens.

C'est pourquoi, la Libre Pensée réaffirme sa proposition aux associations libres penseuses, laïques, humanistes et rationalistes de toute l'Europe, d'une manifestation internationale à Bruxelles :
- Pour la séparation des Églises et des États !
- Pour la laïcité en Europe !
- Pour dire NON à la « constitution » européenne !

31.5.04

Communiqué de la Libre pensée nationale

Emblèmes religieux à l’École publique : l’impasse législative et réglementaire…

Le Journal Officiel du 22 mai 2004 a publié la version finale de la circulaire d’application de la loi Chirac/Stasi du 15 mars 2004 portant sur l’interdiction de « la présence ostensible de signes religieux à l’École publique ». Loin de calmer les doutes de la Fédération nationale de la Libre Pensée, cette circulaire confirme ses plus grandes craintes quant au respect du principe de laïcité.

La Libre Pensée, qui est pour l’interdiction totale des croix, kippas, foulards islamiques, totems et autres gris-gris dans l’Ecole publique, réaffirme que la source du problème de la présence des signes, insignes et emblèmes religieux réside fondamentalement dans l’article 10 de la loi Jospin.

Approuvée par 26 voix sur 65 votants (8 voix contre, 6 abstentions et 25 refus de vote !) par le Conseil Supérieur de l’Education, cette circulaire n’est qu’une redite de celles traitant de la loi Jospin de juillet 1989. En matière de laïcité, nous n’avons affaire qu’à un copier/coller des circulaires du 12 décembre 1989, du 26 octobre 1993 et du 20 septembre 1994, élaborées après la jurisprudence du Conseil d’Etat sur l’article 10 de la loi Jospin (transposé comme article L.511.2 du Code de l’Education) traitant du « droit d’expression des élèves ».

En remplaçant le terme « d’ostentatoire » par la notion d’emblèmes « ostensibles », elle ne règle en rien le problème. La circulaire stipule que « la loi ne remet pas en cause le droit des élèves de porter des signes religieux discrets », alors que cette notion de discrétion est formellement interdite dans le même temps, à juste titre, pour le personnel de l’Education nationale, sauf en Alsace Moselle où les religieux de toutes natures pourront venir en soutane, avec croix et kippas faire leur cours de religion. Pourquoi deux poids, deux mesures ? Un emblème religieux reste un insigne religieux quelle que soit sa taille, sa couleur ou les arguties de celui ou de celle qui le porte ou la font porter. Et cela devrait être vrai pour les élèves comme pour les enseignants.

La notion de « croix de dimension excessive » est ubuesque. Outre que cette taille peut varier, selon les termes d’un journal vespéral, démocrate chrétien, en fonction de la taille des élèves et que cette définition aurait pu être un bon sujet de feu le certificat d’étude (comme la fuite de la baignoire, calculer la dimension excessive d’un emblème religieux en fonction de l’âge du capitaine), elle confirme la volonté antilaïque des tenants de l’adoption de cette loi.

En affirmant dans son premier chapitre (qui traite de la laïcité dans l’Ecole publique et non dans la société en général) que « l’État est le protecteur de l’exercice individuel et collectif de la liberté de conscience », le gouvernement institutionnalise le communautarisme. Il n’y a pas, il ne saurait y avoir de liberté de conscience autre qu’individuelle dans l’École publique, sinon c’est la reconnaissance des communautés organisées au sein de l’École de la République. Qu’est-ce qu’alors « une liberté de conscience collective », sinon un endoctrinement ? Dans l’Ecole publique et plus généralement dans les services publics et l’administration, la religion doit rester une affaire privée individuelle et non collective, sinon c’est la création de ghettos institutionnalisés.

En affirmant que « l’intolérance et les préjugés se nourrissent de l’ignorance, la laïcité suppose également une meilleure connaissance réciproque (entre qui et qui ? NDLR) y compris en matière de religion… Plus spécifiquement, les faits religieux… doivent être utilisés au mieux dans les enseignements pour apporter aux élèves les éléments de culture indispensables à la compréhension du monde contemporain ». C’est l’exigence ministérielle, continue sous tous les gouvernements de droite comme de gauche, de l’enseignement du « fait religieux ».

Oui mais, quand un professeur d’histoire, Louis Chagnon, dans un lycée de Courbevoie (Hauts-de-Seine) rappelle un fait barbare d’assassinats de centaines de juifs au moment de l’affirmation de l’Islam, ce qui est un fait historique et religieux, il est sanctionné pour racisme ! Nous sommes, dès lors, en droit de dire : quelle est la différence entre l’enseignement du fait religieux et l’apologie de la catéchèse religieuse ?

Les enseignants de l’École publique auront-ils encore le droit de parler de l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie par des chrétiens ivres d’ignorance, des croisades fomentées par des prélats catholiques dont la haine contre l’Humanité différente le disputait à leur soif de pouvoir, de l’Inquisition étouffoir des pensées, de l’orthodoxie à la botte du tsarisme et du stalinisme, de l’Islam assassin des penseurs libres et oppresseur des femmes, du protestantisme apôtre du capitalisme, de l’hindouisme justificateur du système honteux des castes, du massacre organisé par l’Etat d’Israël du peuple palestinien ? On est en droit de se poser cette question à la lecture de cette circulaire.

Quand la circulaire indique explicitement que les élèves du privé (à 95% confessionnel) pourront venir passer « leur examen ou un concours « au sein de l’École publique sans que le principe d’interdiction des insignes, signes et emblèmes religieux ne leur soit appliqué, où est le principe du respect de laïcité ?

Cette circulaire se termine en son chapitre IV par l’exigence que le règlement intérieur traduise son interprétation par une formulation visant à l’application concrète de cette prohibition des emblèmes religieux portés par les élèves. C’est là que l’on ne comprend plus ou que l’on comprend trop bien. Un règlement intérieur n’a pas pour objet de rappeler les lois, il faudrait mille ouvrages pour cela. Il n’a pour seule raison que de définir ses propres règles de fonctionnement qui, par définition, sont susceptibles d’être différents d’un établissement à l’autre, d’aborder les points de la vie intérieure non prévus explicitement par les lois et non contradictoires avec elles. Sinon, il n’a aucun objet.

Cette indication ne peut entraîner qu’une conception et qu’une application différente dans chaque établissement. C’est la logique de la loi Jospin qui continue, laquelle prône « un projet pédagogique » particulier, sur le modèle du « caractère propre » de l’enseignement privé pour chaque établissement public.

On comprend donc pourquoi l’union nationale entre la droite et la gauche s’est faite pour ne pas toucher à la loi Jospin et particulièrement son article 10, qui est la source de tous les problèmes. Nous avons à faire à un véritable faux-semblant et à une diversion dangereuse, car elle a fait surgir tous les communautarismes destructeurs de l’unité de la République. On comprend aussi que, dans toute cette affaire, il n’a jamais été question d’abroger les lois antilaïques qui organisent le pillage des fonds de l’École publique au profit de l’enseignement essentiellement catholique. Pourtant, cela aurait été vraiment l’occasion de défendre l’École laïque !

Pour la défense de l’École publique :
Abrogation de la loi Jospin !
Abrogation des lois antilaïques !
Tous les fonds publics à la seule École publique !

28.4.04

Analyse de la circulaire Fillion sur les insignes religieux,
destinée en interne, aux Fédérations de la Libre Pensée


Chaque jour qui passe, chaque événement médiatique montre que l’analyse de la Fédération nationale de la Libre Pensée sur la loi Chirac/Stasi se confirme.

La loi et le projet d’application par la circulaire Fillion d’application montre que la situation est pire aujourd’hui qu’hier. Le Syndicat des personnels de direction de l’Education nationale (UNSA) reprend mot pour mot le communiqué de la Libre Pensée : « la situation risque d’être pire qu’auparavant ». Pourtant, ce syndicat était un chaud partisan de la loi Chirac/Stasi.

La Fédération nationale de la Libre Pensée attend la fin du processus de l’adoption de la circulaire d’application pour s’exprimer publiquement, car les formulations de la circulaire changent tous les jours. Il convient donc d’être prudent pour formuler une analyse.

Sur la base du projet du 22 avril 2004, nous pouvons analyser les choses suivantes :

1°)- Il est réaffirmé la nécessité de l’enseignement du fait religieux, qui n’est que l’enseignement du religieux (voire affaire Chagnon).

2°)- On parle « de croix de dimension excessive ». Comme le note avec humour un billet du Monde, la dimension peut varier selon la taille de l’élève. Une croix pourra être, plus ou moins excessive, selon que l’élève fait 1,20m ou 1,70m. Cela devient une affaire ostensiblement proportionnelle. C’est loin d’être simple !

3°)- Si la tenue est d’ordre traditionnel et acceptée avant (ce qui est le cas des foulards islamiques, selon les règlements intérieurs, jugements variables selon les établissements), elle sera acceptée.

4°)- Il suffira, pour des élèves, de dire qu’ils portent des insignes religieux, communément hors de l’enceinte scolaire et hors de signification religieuse, pour pouvoir porter la kippa librement dans l’Ecole publique.

5°)- On indique dans le paragraphe 2-3 que pour le personnel enseignant est « interdit le port de tout signe d’appartenance religieuse, même discret ». Ceci est fort bien et salutaire. Mais en Alsace Moselle, va-t-on exiger que les prêtres, les rabbins et les pasteurs chargés de l’enseignement religieux viennent en civil, sans être affublés de leurs costumes et de leurs gris-gris ?

6°)- Les élèves du privé, passant leur examen dans des établissements publics, ne seront pas soumis à cette exigence de laïcité et pourront manifester leur croyance devant des élèves de l‘enseignement public à qui cela sera interdit.

7°)- Le paragraphe 2-4 maintient totalement l’article 10 de la loi Jospin qui est la source permanente du conflit en la matière. Il indique, qu’en vertu de l’article L.511-2 du code de l’Education, les formes d’expression (politique ou philosophique) seront maintenues. Mais les emblèmes religieux ne sont-ils pas d’ordre « philosophique et politiques » ? Comment pourra t-on discerner les choses ?

8°)- Dans le paragraphe 3-1, on nous parle de « dialogue qui n’est pas une négociation ». Ou il y a une négociation ou il n’y en a pas. S’il y a une négociation, par nature, elle sera différente d’un cas à l’autre, d’un établissement à l’autre. Où est l’égalité, où est l’application du principe de laïcité ?

9°)- Cette crainte est renforcée par le paragraphe 3-2 qui indique que « l’organisation du dialogue relève de la responsabilité du chef d’établissement ». On reste donc toujours dans la problématique de la loi Jospin et de la jurisprudence du Conseil d’Etat qui renvoie à chaque établissement sa propre jurisprudence en la matière. Ce que confirme le paragraphe 4 qui stipule « que les règlements intérieurs des établissements scolaires doivent être adaptés dès la fin de l’année scolaire… ». Chaque établissement aura donc bien sa loi propre, différente de celle des autres. Mais où est donc la laïcité, principe universel, dans tout cela ?

10°)- Le paragraphe 3-3 permet, que pendant la période de négociation, l’élève vienne avec son emblème religieux dans l’attente d’une décision finale et que l’objectif n’a pour seul but que celui-ci « renonce aux formes les plus ostensibles d’expression », et non à l’affirmation publique de son appartenance religieuse.

11°)- On comprend donc bien, selon ce projet de circulaire que cette « loi n’est pas une loi contre les religions ». On s’en serait douté.

La Fédération nationale de la Libre Pensée réaffirme son exigence d’abrogation de la loi Jospin et, en particulier, de son article 10. Ceci redonnerait force et vigueur aux circulaires Jean Zay qui régleraient le problème, en dehors de toutes les affirmations communautaristes qui se sont exprimées dans cette affaire.

17.4.04

Communiqué de la Libre pensée nationale - 17 avril 2004

Pour la Laïcité en Europe

Le 25 mars 2004, les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne ont décidé de reprendre les discussions en vue d’adopter la Constitution européenne, les 17 et 18 juin 2004, quelques jours après les élections européennes.

Au mois de décembre 2003, à Bruxelles, les négociations entre les responsables des quinze pays membres et les dix qui demandent leur adhésion avaient capoté. Ils veulent aujourd’hui profiter de la situation ouverte par les attentats de Madrid pour mener à bien ce que la fédération nationale de la Libre Pensée a toujours dénoncé comme un texte qui remet en cause les libertés fondamentales.

La fédération nationale de la Libre Pensée tient à rappeler son communiqué du 6 décembre 2003 :

- Le deuxième alinéa de l’article 10 officialise le principe de subsidiarité, fait de ce principe le fondement même de cette prétendue Constitution. La fédération nationale de la Libre Pensée rappelle que ce principe de subsidiarité est directement hérité du droit canon ; il a été employé pour la première fois dans l’encyclique « Quadragesimo anno », formulée en 1931 pour le 40ème anniversaire de la 1ère encyclique sociale de Léon XIII : « Rerum Novarum ». Tout l’article 10 consacre la supériorité du droit communautaire sur le droit national, rendant la loi européenne obligatoire ans tous ces éléments pour tous les Etats membres.

- Le préambule précise que le projet de Constitution européenne s’inspire « des héritages culturels, religieux et humanistes », mettant ainsi à égalité l’obscurantisme religieux et la philosophie progressiste des Lumières,

- L’article 51, non seulement maintient les privilèges des Eglises de chaque Etat membre, mais les définit comme partenaires officiels permanents de l’Union européenne. C’est la condamnation de la séparation des Eglises et de l’Etat, c’est la condamnation de la loi de 1905. Quand l’article 51 dit : « L’Union européenne respectera » les différentes formes de relation entre les Eglises et les Etats, cela veut dire qu’elle les protégera en les intégrant dans le droit communautaire (qui est supérieur aux différentes législation nationales). Quand un peuple voudra désormais abroger un concordat, remettre en cause l’impôt d’Eglise, les statuts cléricaux, etc., il devra au préalable obtenir l’accord des autres pays, comme c’est le cas pour une éventuelle modification de la Constitution.

Pire encore, l’élaboration d’un futur droit européen des religions qui n’est plus une hypothèse, risque de porter un coup fatal aux institutions authentiquement laïques.

Les différends entre les gouvernements n’ont jamais porté sur la remise en cause du principe de subsidiarité ou de remise en cause des fondements de la laïcité, ils sont la traduction sur le plan européen de la guerre que se livrent les puissances financières et économiques pour le partage des marchés et la soumission des peuples. Dans ce combat, ils rencontrent bien évidemment, comme toujours, le soutien des forces réactionnaires représentées par les Eglises, et par ceux qui sont prêts à mettre le monde à feu et à sang pour le maintien de leurs privilèges fondés sur l’obscurantisme.

La fédération nationale de la Libre Pensée rappelle qu’une Constitution qui fonctionne sur de tels principes, qui n’émane pas directement de la volonté des peuples, est une Constitution antidémocratique et antilaïque. Elle ne saurait, pour nous, être amendée, ou améliorer : on ne peut que la dénoncer et la combattre.

La Fédération Nationale de la Libre Pensée rappelle le succès du rassemblement international du 6 décembre 2003 à Paris, auquel participaient 32 organisations de 14 pays, suite à l’appel lancé par la National Secular Society (Grande Bretagne) et la Fédération Nationale de la Libre Pensée (France) : « Pour l’abrogation de la déclaration n°11, intégré sous la forme de l’article I-51 dans la Future constitution européenne ». Les forces se lèvent, partout en Europe, pour le maintien des libertés, contre le cléricalisme, contre l’obscurantisme

La Fédération Nationale de la Libre Pensée rappelle les termes de la déclaration qu’elle a publiée le 6 décembre 2003 à l’occasion de ce rassemblement : « Au-delà des réalités propres à chaque pays, tant du point de leur histoire respective que de leur législation nationale et des modalités particulières d’action de chaque association laïque, la Fédération française de la Libre Pensée pense que le moment est venu d’intensifier nos actions coordonnées et soumet ainsi, à toutes les associations qui ont soutenu et participé au rassemblement du 6 décembre à Paris et plus généralement à toutes les organisations laïques en Europe, la proposition d’envisager la tenue d’une grande manifestation laïque européenne à Bruxelles « Pour la laïcité en Europe »

La Fédération nationale de la Libre Pensée pense qu’il est temps de renouveler auprès de toutes les organisations qui souhaitent défendre et promouvoir la laïcité, la séparation des Eglises et des Etats, en France comme dans toute l’Europe, cette proposition de rassemblement à Bruxelles.

28.3.04

Communiqué de la Libre pensée nationale

Manifeste de la Libre Pensée
Pour le centième anniversaire de la loi de 1905


IL FAUT RECONQUÉRIR LA LAÏCITÉ !

2005 sera l’année du centième anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, votée le 9 et promulguée le 11 décembre 1905. La Fédération nationale de la Libre Pensée proclame 2005 comme l’année de la reconquête laïque.
Le 9 décembre 1905, grâce notamment à l’action inlassable et continue de la Libre Pensée, manifestée lors de congrès internationaux en 1904 à Rome et 1905 à Paris, était votée la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat qui mettait fin à plus d’un siècle de concordat, en allant jusqu’au bout de l’œuvre de sécularisation initiée par la Révolution française. En proclamant comme un principe institutionnel que « La République assure la liberté de conscience », la laïcité interdisait tout financement direct et indirect des religions par l’article 2 de la loi : « La République ne reconnaît, ne subventionne, ni ne salarie aucun culte ».
Les tenants de la démocratie politique ont dû s’y prendre à trois reprises pour instaurer cette séparation : en 1795, en 1871 puis en 1905. Par deux fois, les partisans de l’oppression avec Bonaparte en 1801, puis Thiers après l’écrasement de la Commune, ont jeté à bas cette construction de liberté. Depuis 1905, beaucoup d’autres ont aussi remis en cause gravement le principe de séparation des Eglises et de l’Etat.
Après la Commune de Paris et la semaine sanglante, le mouvement ouvrier renaissant a lié son combat d’émancipation sociale à celui des républicains pour l’avènement de la laïcité scolaire, puis celle de l’Etat, pour faire triompher l’absolue liberté de conscience.
La séparation des Eglises et de l’Etat était l’aboutissement de la grande Révolution française qui avait proclamé l’exigence de l’égalité des droits des citoyens. Comme l’affirmait Ferdinand Buisson, président de la Libre Pensée et aussi de la commission parlementaire chargée d’élaborer la loi : « La séparation n’est pas le dernier mot de la révolution sociale mais elle en constitue indéniablement le premier ».
Au fil du temps, le mouvement ouvrier a toujours défendu la laïcité construite par la séparation des Eglises et de l’Etat. C’est aussi la raison pour laquelle tous les tenants de la réaction, hier comme aujourd’hui, ont lutté de concert contre les acquis ouvriers, laïques et démocratiques, et ce, du Régime de Vichy aux différents gouvernements de la Vème République.
Il faut restaurer la loi de 1905 !
Les coups les plus rudes ont été portés contre les principes de séparation par Vichy, à travers les lois du 5 février 1941, du 8 avril et du 25 décembre 1942 qui ont refait de l’Eglise catholique une puissance considérable, financière, mobilière et immobilière, et qui ont permis le retour des congrégations. Toutes ces mesures antilaïques ont été maintenues depuis la Libération.
En maintenant le statut clérical d’exception en Alsace Moselle (le plus vieux concordat existant en Europe qui est associé à l’application intégrale de la loi cléricale du vicomte de Falloux de 1850 et des lois datant de l’annexion allemande de 1870 à 1918) et les décrets Mandel de 1939 pour les Territoires d’Outre-mer, les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis 1945 ont violé délibérément la laïcité de l’Ecole et de l’Etat.
En faisant voter les lois antilaïques Marie, Barangé, Debré, Haby, Guermeur, Savary, Carraz, Chevènement, Rocard, Jospin, Lang, Bayrou, les gouvernements de la IVéme et Vème République ont porté atteinte de manière grave à la loi de 1905. Aujourd’hui, c’est un budget équivalent à 200 000 postes qui est détourné de l’Ecole publique au profit de l’école privée essentiellement catholique.

La laïcité contre le communautarisme religieux
La démocratie politique impose que la République ne connaisse que des citoyens et non des communautés. C’est la condition fondamentale pour assurer une véritable liberté de conscience. Or, à l’inverse de ce principe, nous assistons à une gigantesque offensive pour institutionnaliser le communautarisme dans notre pays.
Avec l’organisation de toutes pièces d’un pseudo Conseil français du Culte Musulman, non seulement il s’agit d’une ingérence de l’Etat dans les affaires religieuses, mais, de surcroît, le ministère de l’Intérieur structure officiellement une communauté religieuse au sein de la République. Partant du principe que toutes les personnes originaires de pays dit « musulmans » sont présumées musulmanes de fait et de droit, on les enferme à tout jamais dans une communauté d’appartenance qui bafoue leur liberté de conscience.
Toutes les affaires autour du voile islamique, des croix et des kippas, toutes les provocations organisées par les uns et par les autres n’ont qu’un seul but : affirmer l’existence de communautés ayant leurs propres règles de vie, différentes par essence de celles des autres. Avec au bout les inévitables et inéluctables affrontements entre les communautés.
C’est la même logique qui a conduit le Premier ministre Lionel Jospin en février 2002 à recevoir une délégation de l’épiscopat catholique, conduite par le nonce apostolique, et à déclarer qu’il devait y avoir des relations institutionnelles entre l’Eglise catholique et le gouvernement. Un autre Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a fait rigoureusement la même chose en 2003 en recevant officiellement une délégation de l’Eglise orthodoxe. Il a d’ailleurs déclaré qu’il respecterait les engagements de Lionel Jospin vis-à-vis du catholicisme.
Comment ne pas constater que cette institutionnalisation du communautarisme est directement impulsée par l’Union européenne dont le projet de constitution, inspiré par le Vatican et notamment son article 51, fait des Eglises et des religions les partenaires officiels des institutions européennes ? Partout en Europe, alors que les Eglises se vident et les religions régressent, on assiste pourtant à une tentative de recléricalisation des sociétés.
La volonté de développer l’enseignement du « fait religieux » au sein de l’Ecole laïque, volonté exprimée par le rapport Debray et encensée par le discours de Jacques Chirac du 17 décembre 2003 réclamant une loi contre « les signes religieux ostensibles », représente une nouvelle atteinte à la liberté de conscience qui ne pourra déboucher que sur des affrontements entre communautés religieuses ainsi « consacrées » dans l’espace public.
Le respect absolu de la séparation des Eglises et de l’Etat impose la non-reconnaissance des religions dans l’Ecole laïque et dans les services publics. Ce principe interdit tout prosélytisme religieux par des signes, insignes et emblèmes ainsi que l’enseignement de la catéchèse dans l’Education nationale. La laïcité prohibe tout financement direct et indirect de bâtiments à vocation cultuelle.

La laïcité contre le communautarisme ethnique et régionaliste
Si tous les citoyens sont égaux en droits et ont droit à une totale liberté de conscience, alors ces principes excluent toute organisation des structures de la République sur des bases ethniques ou linguistiques Or, la signature par la France de la charte européenne des langues régionales et minoritaires revient à « reconnaître » l’existence de « peuples » différents dans notre pays.
Encensant la France d’Ancien Régime avec ses provinces où régnait l’inégalité la plus profonde, les revendications de rattachement de la Loire Atlantique à la Bretagne, de réunification des deux Savoie comme des deux Normandie, et de la Corse aux Corses, ne visent qu’à faire éclater l’unité de la République.
La modification constitutionnelle de mars 2003, intégrant le principe catholique de subsidiarité comme mode de fonctionnement des institutions pour « harmoniser » la législation française avec celle de l’Union européenne, va dans le même sens. La privatisation des services publics, la liquidation des régimes de retraite et d’assurance maladie au profit des fonds de pension et des assurances privées, ne sont que l’application de ce principe de subsidiarité.
Il s’agit de mettre à bas tout l’édifice démocratique et républicain issu de la Révolution française. Au nom d’instances internationales comme le FMI et la Banque mondiale, relayés par les institutions supranationales de Bruxelles, c’est le principe de l’égalité des droits, notamment sociaux, sur l’ensemble du territoire, qui est remis en cause pour tous les citoyens.
La régionalisation-décentralisation participe de l’éclatement communautariste, à l’œuvre sur tous les continents contre l’existence des Etats-nations. Les tragédies du Liban, de l’ex-Yougoslavie, des pays africains, ne sont que des préfigurations de ce qui risque de se passer à l’échelle de la planète et dans notre pays.
Il suffit d’analyser le contenu des manœuvres militaires des troupes françaises pour s’apercevoir que ce qui est à l’ordre du jour n’est plus des guerres entre Etats mais à l’intérieur des Etats sur des modèles de guerre civile. Le communautarisme porte en lui-même la guerre comme la nuée porte l’orage.
La laïcité de l’Ecole et de l’Etat, garantie par la loi de 1905, est indissociable de la République une et indivisible. On ne peut défendre l’une sans défendre l’autre.

Défendre la démocratie politique
Le communautarisme ne connaît pas les citoyens et n’organise que les sujets. La notion de droits est remplacée par celle de devoirs liés à une appartenance communautariste présupposée et incontournable. Malheur à celui ou à celle qui ne respecterait pas les obligations de toutes sortes qui sont l’apanage de la communauté !
Quand la République a été une nouvelle fois fondée en 1870, quand elle s’est affirmée en 1877 et en 1879, elle a instauré dans un même mouvement d’émancipation la laïcité scolaire et celle de l’Etat. Elle proclamait comme un principe intangible le respect de la liberté absolue de conscience.
Au même moment, elle reconnaissait la plus totale liberté syndicale en 1884, c'est-à-dire le droit pour les ouvriers de s’organiser en toute indépendance pour la défense de leurs intérêts contre ceux des exploiteurs. S’affirmait aussi dans le même temps la pleine et entière liberté d’agir des partis politiques, sans laquelle il ne peut y avoir de véritable démocratie.
Le communautarisme, de quelque nature qu’il soit (religieux, ethnique, linguistique, sexiste, etc..), est par nature contraire à la démocratie, à la laïcité et à la République. Il enferme les individus au lieu de les libérer. Mais la notion de communautés est également contradictoire avec l’existence des classes sociales dont les intérêts s’opposent.
Cet affrontement, inhérent à tout système d’exploitation d’une classe par une autre, explique la nécessité pour la classe ouvrière de s’associer dans des organisations indépendantes du patronat, de l’Etat et des Eglises. Ces dernières opposent la conception « l’entreprise de communautés de personnes » qui est la base de la constitution des Chartes du Travail de sinistre mémoire, de Salazar à Pétain en passant par Mussolini.
Combattre pour défendre la démocratie et la laïcité, c’est lutter sans trêve ni relâche contre tous les communautarismes. C’est à cette action résolue que la Libre Pensée appelle tous ceux qui se reconnaissent dans ce Manifeste pour la reconquête de la laïcité.

Reconquérir la loi de 1905 !
La Fédération nationale de la Libre Pensée appelle toutes ses fédérations départementales à agir pour regrouper largement les laïques et leurs associations, partis et syndicats restés fidèles à la défense de la loi de 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat pour organiser en commun une commission nationale d’enquête laïque sur les détournements de fonds publics au profit des Eglises et de leurs œuvres.
Au cours du premier semestre 2005, la Libre Pensée impulsera de grands meetings dans tout le pays pour rassembler les forces laïques. En juillet 2005, se tiendront le congrès international de l’Union Internationale Humaniste et Laïque (IHEU) à Paris pour la séparation des Eglises et des Etats sur tous les continents, et le Congrès mondial de la Libre Pensée en étroite relation amicale avec l’IHEU.
Le 10 décembre 2005, dix ans après la grande manifestation du 9 décembre 1995 en pleine grève générale pour la défense de la Sécurité sociale, se tiendra une manifestation nationale en direction de l’Assemblée nationale pour la restauration de la loi de 1905.

C’est pourquoi, la Fédération nationale de la Libre Pensée entend célébrer le centième anniversaire de la loi de séparation par l’organisation d’une grande campagne de reconquête laïque :
- Pour la restauration de la loi de 1905 !
- Pour l’abrogation du Statut clérical d’Alsace Moselle !
- Pour l’application du principe : « Fonds publics à la seule Ecole publique » !
- Pour l’abrogation de toutes les lois antilaïques !

25.1.04

Communiqué de la Libre pensée nationale

Le Docteur Shaikh est libre !

L'Union Internationale Humaniste et Laïque (IHEU) a annoncé aujourd'hui que le Dr Younus Shaikh, emprisonné au Pakistan depuis octobre 2000 sous le coup d'une condamnation à mort pour délit de blasphème, a été acquitté et remis en liberté après un procès en appel et un nouveau jugement.

Dans le cadre d'une campagne internationale conduite par l'IHEU, le Dr Shaikh a été déclaré "prisonnier de conscience" par Amnesty International, et plusieurs milliers de personnes à travers le monde se sont adressées en son nom aux hommes politiques et au gouvernement du Pakistan.

Le procès du Dr Shaikh, qui s'est tenu pendant tout l'été 2001, s'est déroulé dans une salle de tribunal hostile, remplie d'intégristes musulmans. Les deux dernières séances se sont tenues à huis clos avec des Talibans pakistanais paradant en armes aux portes du tribunal. En octobre 2003, la Cour d'Appel a ordonné un nouveau procès au cours duquel le Dr Shaikh a courageusement assuré lui-même sa propre défense, à la suite de menaces perpétrées par des intégristes à l'encontre de ses avocats et de leurs familles.

Prenant la parole à Londres aujourd'hui, le Dr Shaikh a expliqué :

“Le juge a accepté mon argumentation juridique et il a déclaré que les charges qui pesaient contre moi étaient sans fondement. Mes accusateurs, deux Mollahs et quelques étudiants islamistes, avaient menti.” Il a décrit sa mésaventure comme : “le terrorisme islamique au travers de l'usage abusif de la loi et de l'appareil d’Etat.”

L'IHEU condamne l'abus de pouvoir, l'emprisonnement sans fondement et les mauvais traitements infligés à cet homme courageux et innocent contraint de passer plus de trois ans en prison, dont deux années en réclusion criminelle dans le couloir de la mort..

Les lois infâmes sur le blasphème au Pakistan sont largement utilisées pour porter des accusations mensongères aussi bien à l'encontre de musulmans ou de ceux qui font partie des minorités religieuses, comme les chrétiens ou les ahmadis, que contre d'innocents commerçants concurrents ou contre des opposants politiques. Tous ceux qui tombent sous le coup des lois contre le blasphème sont immédiatement emprisonnés sans pouvoir effectivement demander à être libérés sous caution. S'ils sont reconnus coupables, ils encourent obligatoirement la peine de mort. On estime qu'il y a plus de 100 personnes victimes des lois moyenâgeuses du Pakistan, actuellement en prison, soit en attente de jugement, soit déjà condamnées à mort.

A l'échelle internationale, les Humanistes lancent un appel au Président Parvez Musharraf et au parlement Pakistanais pour l'abolition immédiate des ces lois profondément injustes qui entachent gravement la réputation de la nation et du peuple Pakistan.

Pour plus d'informations, vous pouvez appeler :
Roy Brown, Président de l'IHEU, au +41 (0) 79 212 5603
Le Bureau de l'IHEU +44 (0) 207 631 3170
Le Directeur Exécutif de l'IHEU, Babu Gogineni, au +44 (0) 7801 570 150