29.3.06

Blasphème

Si une actualité chasse l’autre, si la lutte contre le CPE occupe - à juste raison - les esprits et fait la une des journaux sans compter les blogs, les vlogs et autres médias, on aurait tort de se laisser obnubiler, ce qui reviendrait à porter des oeillères. Une lecture des dernières propositions de lois faites à l’Assemblée Nationale ne laisse pas d’inquiéter.

En effet, Jean-Marc Roubaud, député UMP du Gard , vient de déposer une proposition de loi « visant à interdire les propos et actes injurieux contre toutes les religions » ainsi rédigée : « Tout discours, cri , menace, écrit, imprimé, dessin ou affiche outrageant, portant atteinte volontairement aux fondements des religions, est une injure.» Propos isolés d’un nostalgique de quelque inquisition ?
Voilà qu’Eric Raoult, un autre député de la même famille politique, dépose à son tour une proposition de loi intégrant les caricatures aux "crimes et délits commis par voie de presse", comblant les attentes de l'Union des Associations Musulmanes du 93, qui réclame par pétition une loi contre l'islamophobie qu’elle décèle à tout propos.
Au dernières nouvelles les deux députés envisageraient de fondre leurs propositions.
Il n’échappe à personne qu’il s’agit là d’une nouvelle atteinte à la laïcité d’autant plus grave qu’elle est portée par ceux là même qui devraient la garantir.

Le délit de blasphème n’existe pas en France et, inlassablement, rappelons que seuls les individus ont droit au respect, pas leurs croyances et d’une manière générale les dogmes, soubassement des religions sur lesquels peut et doit s’exercer la libre critique.
Et dans un temps où les fanatismes religieux tentent de soumettre les démocraties à leur obscurantisme il n’est pas inutile de rappeler encore que seule la laïcité est garante de la paix civile partout ou elle s’exerce.

4.3.06

8 mars : journée internationale des femmes


Quelques dates :

1910 : Clara ZETKIN, journaliste allemande réunit à Copenhague une confédération internationale de femmes socialistes venues de dix sept pays pour créer une « Journée internationale des femmes » afin d’obtenir le droit de vote.
1911 : cette journée se concrétise le 19 mars, en commémoration de la révolution de 1848 et de la Commune de Paris, occasionnant d’importantes manifestations dans un grand nombre de pays d’Europe et aux Etats Unis. Outre le droit de vote et le droit d’occuper des fonctions publiques, sont exigés le droit de travailler et l’élimination de la discrimination au travail.
1921 : Lénine décide d’une Journée internationale des femmes et fixe la date au 8 mars en souvenir des ouvrières de Saint Pétersbourg
1977 : les Nations Unies officialise la « Journée internationale des femmes »

1982 : le gouvernement socialiste français instaure officiellement la célébration de la journée de la femme et en fait une célébration pour les Droits de la femme, créant un tout nouveau ministère du même nom lequel est à l’initiative de manifestations, exposition , états généraux contre la mysoginie à la Sorbonne…

On notera cependant le glissement : des (femmes) à la (femme).
Or, Françoise Héritier, anthropologue, dans son livre : « Masculin/Féminin II Dissoudre la hiérarchie » (éditions Odile Jacob) attire l’attention sur la valeur sémantique des mots :

« C’est déjà une discrimination fondamentale que de parler de la femme, c’est à dire un corps générique sur lequel se greffent jugements, mythes et fantasmes, et non des femmes, c’est à dire d’individus, au même titre qu’on parle des hommes. »

Françoise Héritier, encore : « D’autre mesures seraient plus coûteuses (que la parité) […] Il s’agit de la création en quantité suffisante d’équipements qui permettent aux femmes de sortir de l’engrenage fatal de la double journée de travail lorsqu’elles n’appartiennent pas à des milieux aisés. […] un véritable partage des tâches familiales…un délestage dû à la prise en charge d’un certain nombre de problèmes par des équipements collectifs aisés d’accès :crèches, garderies y compris le soir si besoin est, aides ménagères, etc. »
...pour les 364 jours restants.

Le calendrier, certes, est en voie de sécularisation, mais les célébrations successives de genre, diverses et variées, les années de ceci, les années de cela , ne seraient-elles pas une nouvelle formule des saints calendaires, auxquels généralement il est adressé des vœux…pieux?
Libre pensée, Laïcité et Libertés

Les dernières manifestations de la célébration de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat viennent à peine de se terminer que, partie du Danemark, l’affaire des caricatures agite soudain la planète, parfois violemment, démontrant s’il en était besoin la prétention du religieux à régenter la société.Mais l’appel à la "mesure" - autrement dit : à l’auto censure - par des responsables politiques ou religieux, le limogeage d’ un directeur de la publication mais auparavant, déjà, la condamnation des auteurs d’une affiche publicitaire interprétant librement la Cène sont autant de signaux de la recrudescence bien orchestrée du cléricalisme toujours sous jacent ; les dessins humoristiques servent de prétexte et de détonateur, même, et surtout, en présentant quatre mois de retard à l’allumage.En France, les voix n’ont pas manqué pour réaffirmer avec plus ou moins de force la liberté de conscience inscrite dans loi de 1905, tout comme celle de la presse, reconnue dès 1881.La Libre Pensée de Rodez y ajoute la sienne, en faisant sereinement remarquer que le principe de laïcité, qui assure la liberté de conscience, n’est pas la simple séparation du temporel et du spirituel. Sa vocation émancipatrice instaure dans le même temps la liberté d’expression ET la liberté de critique par le libre examen, dégagées des dogmes et des préjugés. En démocratie ces libertés sont intangibles et indissociables.Au XVIIè siècle, Spinoza, le précurseur, en élaborait les bases dans un traité explosif, au risque de sa vie; au XXè siècle, les parlementaires de la IIIe République légiféraient avec hardiesse. Gageons que le XXIè siècle soit celui de l’universalisation de ces libertés et non, sur fond de commerce et de communautarisme larvé, celui de l’intimidation généralisée de leurs défenseurs.